TRANSITION
Note
d'intention

Note d'intention

AGNES MELLON

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« Elle souffre d’automatismes mentaux », le diagnostic tombe enfin. Il vient poser des mots sur une souffrance visible mais qui était restée indéchiffrable. Il vient dire que ce qui passait pour une fragilité, une tendance à la dépression était en fait une maladie. Elle est malade. Le diagnostic change la perception de l’autre. Tout à coup, on attribue à la maladie les comportements compulsifs, les sentiments de persécution, les voix qui l’oppressent. Elle ne veut pas prendre son médicament, c’est la maladie. Tout s’explique enfin. Hélas, la maladie finit par faire écran, car elle vient révéler une réalité à laquelle on ne parvient pas à accéder. Un monde à part, dont on ignorait l’existence.

La maladie que l’on prenait pour une réponse est, en fait, un masque de plus, une porte qui s’ouvre sur une autre porte, révélant durement nos défaillances individuelles et collectives face aux troubles mentaux. Pourquoi est-on si démuni face à un proche atteint d’une pathologie psychiatrique ? Peut-on juger une société à la façon dont elle regarde ses fous ?

« Elle souffre d’automatismes mentaux », le diagnostic tombe enfin. Il vient poser des mots sur une souffrance visible mais qui était restée indéchiffrable. Il vient dire que ce qui passait pour une fragilité, une tendance à la dépression était en fait une maladie. Elle est malade. Le diagnostic change la perception de l’autre. Tout à coup, on attribue à la maladie les comportements compulsifs, les sentiments de persécution, les voix qui l’oppressent. Elle ne veut pas prendre son médicament, c’est la maladie. Tout s’explique enfin. Hélas, la maladie finit par faire écran, car elle vient révéler une réalité à laquelle on ne parvient pas à accéder. Un monde à part, dont on ignorait l’existence.

La maladie que l’on prenait pour une réponse est, en fait, un masque de plus, une porte qui s’ouvre sur une autre porte, révélant durement nos défaillances individuelles et collectives face aux troubles mentaux. Pourquoi est-on si démuni face à un proche atteint d’une pathologie psychiatrique ? Peut-on juger une société à la façon dont elle regarde ses fous ?

J’ai eu, alors, ce besoin d’approcher la maladie autrement que par la science et la raison, le désir de ressentir ces autres réalités, de trouver une autre porte. Mes premières constructions ont porté sur le motif de la répétition (ou sur la répétition d’un motif) et sur celui de l’enchevêtrement de fragments d’image pour signifier l’entrelacement des réalités. L’objectif était double, faire transpirer l’idée que j’ai de son mal être, mais aussi mon malaise vis-à-vis de mon incompétence et de mon impuissance à la libérer de l’emprise de la maladie. RÉALITÉ(S) commence au seuil de cette porte.

L’exposition RÉALITÉ(S) fait suite à une résidence artistique au centre Saint-Thomas de Villeneuve, à Aix-en-Provence, un EPHAD qui possède une unité d’accueil de troubles psycho-comportementaux sévères. Pendant six mois, je me suis immergée dans le lieu avec les résidents, les équipes soignantes et les animateurs pour étendre mon exploration des altérations mentales : la façon dont elles se traduisent sur le corps, mais aussi la façon dont l’altération du corps pourrait symboliser ou représenter l’altération mentale.

J’ai eu, alors, ce besoin d’approcher la maladie autrement que par la science et la raison, le désir de ressentir ces autres réalités, de trouver une autre porte. Mes premières constructions ont porté sur le motif de la répétition (ou sur la répétition d’un motif) et sur celui de l’enchevêtrement de fragments d’image pour signifier l’entrelacement des réalités. L’objectif était double, faire transpirer l’idée que j’ai de son mal être, mais aussi mon malaise vis-à-vis de mon incompétence et de mon impuissance à la libérer de l’emprise de la maladie. RÉALITÉ(S) commence au seuil de cette porte.

L’exposition RÉALITÉ(S) fait suite à une résidence artistique au centre Saint-Thomas de Villeneuve, à Aix-en-Provence, un EPHAD qui possède une unité d’accueil de troubles psycho-comportementaux sévères. Pendant six mois, je me suis immergée dans le lieu avec les résidents, les équipes soignantes et les animateurs pour étendre mon exploration des altérations mentales : la façon dont elles se traduisent sur le corps, mais aussi la façon dont l’altération du corps pourrait symboliser ou représenter l’altération mentale.

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« j’ai ressenti le besoin d’un langage à part, un langage codé, symbolisé par la graphie du Morse »

Mon travail s’appuie sur l’ambiguïté, la fragmentation, la recomposition, la déformation et l’altération des images projetées (projections sur des murs ou de la matière écaillés, etc.). Cependant, pour aborder ce nouveau sujet, j’ai ressenti le besoin d’un langage à part, un langage codé, symbolisé par la graphie du Morse. Le Morse est un langage polymorphe, l’exposition le sera aussi, à la fois visuelle, tactile et sonore.

Le Morse peut s’exprimer par des signaux lumineux. Certaines oeuvres recourront au contre jour, mettant en scène des lumières très contrastées, pour témoigner de l’étrangeté de ce monde, digne, parfois, de scènes de film.

Le Morse se pratique aussi avec les gestes et se substitue à la parole pour envoyer des messages. Certaines oeuvres seront alors tactiles, donnant à toucher ce qu’on n’arrive pas à voir en face.

Et puis le Morse communique aussi par les ondes. L’univers sonore de l’exposition se concentrera dans les fréquences basses, marquant sa différence avec la parole humaine qui occupe les fréquences aiguës, et signifiant l’incommunicabilité entre les deux réalités.

Enfin, le Morse est le langage des prisonniers et donc de l’enfermement. J’imagine ainsi des boucles visuelles et sonores, des espaces confinés, des mouvements répétés, des images qui s’entrelacent pour signifier l’agitation intérieure, l’esprit qui déborde du corps ou le corps qui déborde d’esprits.

On aimerait, bien sûr, déchiffrer ce code Morse pour accéder à ces RÉALITÉ(S) qui nous échappent. Mais, à coup sûr, la porte s’ouvrirait encore sur une autre porte...

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